Les conséquences des résultats trimestriels d’aufeminin.com — recul du bénéfice net de 29% sur le premier trimestre — fournissent de belles accroches aux pages éco : le titre est « secoué », « dévisse », « dégringole », « s’effondre ». Il est vrai que perdre en une journée le quart de sa capitalisation boursière est assez spectaculaire.
Bienvenue dans l’univers impitoyable des traders et autres animaux prédateurs d’espèces voisines. Mais voilà, quand la seule note chantée pendant plusieurs années est cocorico (voir la liste édifiante des titres des communiqués de presse du groupe qui ne sait utiliser que les superlatifs — c’est intéressant, les communiqués de presse), un enrouement même passager peut être interprété comme l’avant-signe de la mort.
Responsables de ce résultat trimestriel : le « ralentissement de la croissance du marché », et la « concurrence accrue ».
Pour le prétexte ralentissement, ne serait-on pas quelque peu dans la langue de bois ? Que le marché grandisse moins vite, d’accord, mais il est toujours en croissance. Et les recettes d’aufeminin.com sont en recul de 8% en France.
Côté « concurrence accrue », il y a une certaine candeur à jouer la surprise. Déjà, on pouvait se douter qu’une marge opérationnelle de 59% (1er trimestre 07) et une telle valorisation boursière pouvaient susciter des vocations. Ensuite, quand on se positionne comme groupe de « magazines interactifs » (communiqué du 22/2/06), il faut s’attendre à ce que les autres magazines (les vrais, en papier) se réveillent un jour. Dans ce même communiqué, aufeminin.com affirme « son savoir-faire éditorial et technologique unique qui a permis d’élever de très fortes barrières à l’entrée » de nouveaux concurrents. Délicat aujourd’hui d’avancer l’explication de la concurrence accrue.
Quelles leçons tirer de cette secousse ?
La valorisation des entreprises internet est une chose délicate, leur courte histoire le montre bien. Les performances financières d’aufeminin.com étaient remarquables (et sont toujours intéressantes : 38% de marge opérationnelle) et dans une belle dynamique, sa position de marché également. Mais les investisseurs, à de telles valorisations, parient sur un avenir radieux et sans nuage. Et j’ai du mal à voir, dans l’activité d’aufeminin.com, des prévisions météo aussi optimistes. Malgré ce qu’ils affirment, je ne vois pas de savoir-faire éditorial unique : le fait même qu’aufeminin revendique le positionnement de magazine en est un signe. Je ne vois pas non plus de technologie unique : SmartAdServer peut être un bon produit, mais difficilement « unique ».
Le public du media internet est d’une grande fluidité, autant les visiteurs que les annonceurs. Ce concept « magazine » appliqué au web me parait bien fragile dans ce contexte. L’autre terme volontiers employé par aufeminin est « portail », même combat. Il y a un an, aufeminin lançait « sa version Web 2.0″. Très bien, mais qu’y a-t-il dedans ? Le communiqué du 16 février 07 donne le détail :
« AuFeminin lance sa version Web 2.0 avec LES BLOGS VIDEOS et le nouveau service très esthétique et simple MON ESPACE AUFEMININ
Mon Espace AuFeminin – Un espace esthétique et convivial pour présenter ses passions. Grâce à « Mon Espace AuFeminin », les lectrices peuvent créer leur propre page pour présenter leurs hobbies ou passions et entrer en contact avec de nombreuses personnes. « Mon Espace AuFeminin » permet une très forte personnalisation de la page et de l’environnement graphique. Cœurs, montagne, campagne, rock, bébé, fond bi-colore, uni, rouge, bleu, vert … une trentaine de thèmes est proposé pour la personnalisation de la page. Très simple d’utilisation, quelques clics suffisent pour créer son propre espace sur AuFeminin. (…) Les blogs et le nouveau service Mon Espace AuFeminin permettent également de diffuser ses vidéos personnelles. Simple et de très bonne qualité, ce service permet de diffuser ses vidéos à ses proches ou au plus grand nombre : hobbies, naissance, mariage, premiers pas de bébé, cours de ski, soirée déguisée … «
Personnellement, je n’aurais pas qualifié la « personnalisation de page perso avec des cœurs » de web 2.0, mais il est vrai que le concept est flou.
Il sera intéressant de suivre dans les semaines qui viennent les éventuels mouvements de capital : Axel Springer a acheté en juin dernier 41,4% des parts, et les trois fondateurs de aufeminin.com avaient la possibilité de vendre à Springer le reste de leur participation en mars ou avril de cette année, pour une valeur « n’exédant pas 32 euros par titre ». Il est côté à la moitié.
A lire : « Aufeminin.com a dévissé de plus de 26% après des profits trimestriels en forte baisse » La Tribune, « Meetic vient chasser sur les terres du site au feminin.com » 01net, « La première offre internet issue de la presse magazine féminine » présentation pdf
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